Lors de la christianisation de l’Europe, les anciennes croyances et leurs lieux de culte ont été intégrés dans la nouvelle religion. Les noms, les histoires, les pratiques et les références ont été repris et ont continué à évoluer dans ce nouveau cadre. Les saintes et les saints ont pris le relais des divinités locales dont la forme et les noms avaient été de tout temps malléables. Le savoir des druides s’est transmis dans les monastères et s’est aussi transformé entre leurs murs.
C’est ainsi que la tradition chrétienne connaît au fil des siècles des témoins dont la pratique et les connaissances évoquent celles du druidisme sans pourtant s’en réclamer. Parmi ces nombreux témoins souvent anonymes, deux figures ont particulièrement marqué le christianisme avec leur connaissance intime des règnes et des éléments de la nature.
Hildegarde de Bingen (1098-1179) est à la fois abbesse, visionnaire, compositrice et herboriste. Elle a été canonisée par l’Eglise catholique romaine en 2012. Issue d’une famille noble, elle a des visions dès la petite enfance. Elle entre au couvent à l’âge de huit ans. Elle devient abbesse trente ans plus tard et fonde l’abbaye de Rupertsberg qui se distingue par la qualité et l’harmonie de sa gestion. Elle parcourt l’Allemagne en suivant les messages de Dieu qu’elle reçoit dans ses visions. Elle visite villes et monastères pour y prêcher et partager ses prophéties. Elle consigne ses visions dans le Scivias (ouvrage signifiant « connais les voies du Seigneur »). Dans son livre De la nature, elle consigne des centaines de plantes et d’animaux sur la base de ses observations. Elle utilise les plantes comme les minéraux pour soigner les gens. Elle développe également toute une cosmologie dans ses écrits en décrivant le rôle des planètes et des étoiles.
| Rituel de Sainte Hildegarde avec l’esprit d’un arbre « Quand les feuilles du hêtre n’apparaissent pas encore complètement, va près de cet arbre, saisis une branche de la main gauche, en tenant un petit couteau de la main droite et dis : Je coupe ta verdeur, parce que tu purifies toutes les humeurs qui entraînent l’homme sur des chemins d’erreur et d’injustice ; par le Verbe vivant qui a fait l’homme sans le regretter. Avec ta main gauche, serre une branche pendant que tu dis cela, puis coupe-la avec une lame d’acier et garde cette branche tout au long de l’année ; et fais cela chaque année. » (1) |
Saint-François d’Assise (1181-1226) aspire dans les premières années de sa vie à rejoindre la noblesse et à devenir chevalier. Il fait l’expérience de la guerre et finit en prison où il connaît la maladie. Celle-ci le fait progresser pas à pas des idéaux de la chevalerie à ceux de l’Evangile. Il quitte sa vie bourgeoise pour se consacrer à la méditation et à la prière. Une rencontre marquante avec des lépreux lui enseigne la miséricorde avant qu’il n’entende l’appel de Dieu à « réparer son Eglise en ruine ». Il y consacre la fortune familiale, ce qui pousse son père à le déshériter. François rompt alors définitivement avec ses origines pour se donner tout entier à l’Eglise. Il décide d’« épouser Dame Pauvreté » et devient missionnaire itinérant, vivant d’aumône et de petits travaux. Une communauté se constitue autour de lui, posant les bases de l’ordre ecclésial des franciscains. Les moines sont pour lui à la fois prédicateurs et mendiants. Il se retire dans un monastère en fin de vie. Parmi les écrits qu’il laisse derrière lui, son cantique des créatures manifeste une fraternité avec l’ensemble de la création. La légende lui prête même le don de parler aux animaux.
| Cantique de Saint-François « Loué sois tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière : il est beau, rayonnant d’une grande splendeur, et de toi, le Très Haut, il nous offre le symbole. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles : dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l’air et pour les nuages, pour l’azur calme et tous les temps: grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau qui est très utile et très humble précieuse et chaste. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu par qui tu éclaires la nuit : il est beau et joyeux, indomptable et fort. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : Heureux s’ils conservent la paix, car par toi, le Très Haut, ils seront couronnés. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. » |

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